Digressions illustrées

Voilà l’état dans lequel je suis, presque un mois après avoir débuté mon travail à la Biennale de Venise :

 L'air marin (et salé) de Venise me fait un style capillaire plutôt ignoble. Impossible de maintenir mes mèches en place (rappelons que les cheveux crépus sont rédhibitoires pour quiconque souhaite travailler dans l'accueil - si, si ! les contrats stipulent qu'il est du devoir de l'employer de trouver un moyen pour lisser ses cheveux, sinon ça fait "sale"...). Même tirés aux lisseur à 100° (ce qui tient de l'exploit, vu la canicule actuelle), à peine dehors, ils gonflent et reprennent leur "Sonia Rykiel style" :


Comme à chacun de mes séjours, après deux semaines passées à prendre le vaporetto pour presque chacun de mes déplacements, mon oreille interne perd le nord; j'ai les jambes qui tiennent bon mais la tête qui tangue toute la journée. Cela ajouté aux chocs thermiques qu'on se paie avec l'air conditionné... :


Hormis l'oreille interne, j'ai un mal de crâne dont je ne sais pas vraiment quelle est la raison (chaleur, manque de sommeil ou ces interminables vidéos qui tournent en boucle dans l'expo et que je connais à présent par coeur...) :


L'état de mes pieds (enjolivés, je le reconnais), après deux semaines de travail sans s'asseoir :


Quand on arrive au pavillon pour son "tour de garde", on est toujours d'une forme olympique et hyper glamour - rapport aux 45 degrés à l'extérieur... :


Depuis la balustrade du pavillon, j'envie jalousement mes collègues qui "travaillent" à l'étage en-dessous (et profitent abusivement - toute la journée ! - de la terrasse) :


Le gros délire à travailler en Italie quand on est francophone, c'est de croiser des Français. Après le "t'as qu'à demander à machine, elle glande ke-dal !", j'ai eu droit à ça :

... mais je suis restée hyper professionnelle.

Et voici quelques stéréotypes des principaux touristes qui nous rendent visite :


Les Asiatiques :



Elles ne sont presque que des filles et regardent systématiquement toutes les oeuvres avec la bouche grande ouverte (une bouche étonnée, une bouche amusée, une bouche dégoûtée, mais toujours grande ouverte). Et elles portent des maillots de foot en guise de robe.

Ce qu'ils disent : (je ne parle pas le Chinois, ni le Coréen, ni le Japonais, ni le Thaï, ni... donc vous repasserez, merci).


Les Italiens :



Ils sont là chez eux, donc ils s'en foutent. Les enfants courent partout, les parents discutent sans jeter un coup d'oeil à l'exposition. Ils viennent de rentrer du Lido, sont over-bronzés (crâmés) et comme la Biennale était sur leur chemin...

Ce qu'ils disent : Ce soir, les voisins nous invitent à manger des grillades. On pourrait tous s'y retrouver, non ? On dit 20:30 ?


Les Français :



Facilement reconnaissables, ce sont les seuls qui râlent. Pour tout, tout le temps. Ils sont en vacances, mais rien ne va. Et là où les autres disent : "cette oeuvre me plaît" ou "je n'aime pas trop celle-ci", eux affirment : "c'est moche ! mais c'est moche !" ou "CA, c'est beau !"...

Ce qu'ils disent : - Mais enfin, Josianne ! puisque je te dis qu'on est pas dans le bon pavillon ! Moi je voulais voir ceux des corderies, et là on y est pas du tout ! Mais non de bleu, par où on sort ?! Ils sont vraiment mal foutus leurs plans ! - T'as qu'à lui demander, Jean-Pierre ! - Ah non, hein ! De toutes façons ils parlent pas anglais (Jean-Pierre non plus...).


Les Allemands :



Ce sont des hipsters tout droit sorties des plus grandes galeries - là aussi, essentiellement des femmes. Elles ont toutes l'air d'avoir fait des écoles d'art, ou de stylisme, ou de graphisme, et portent des vêtements de petits créateurs qui ont l'air tout sauf confortables (par cette chaleur ! (je me répète, mais c'est vrai...)). Elles visitent les pavillons avec le catalogue (de 1'000 pages, 15kg !) fraichement imprimé et à peine acheté et lisent TOUTES les informations sur TOUS les artistes du pavillon.

Ce qu'ils disent : Vous pourriez me faire une analyse de cette oeuvre svp ? J'aimerais être sûr d'avoir bien compris (véridique ! et ils demandent la même chose pour toutes les oeuvres).


Les femmes d’Amérique latine :



Elles viennent entre mère et fille pour la plupart, elles sont petites et elles sont belles. Très belles. Trop belles. Le bronzage parfait, elles déambulent dans le pavillon griffées des plus grandes marques. A croire qu'elles ont confondu la Biennale avec la Mostra.

Ce qu'elles disent : (Là encore, je ne parle pas les langues).
 

La remarque insolite :

Comme je faisais ces croquis pendant mes heures de travail (c’est mal !), un car de Japonais a sans doute cru que j’étais une des artistes du pavillon et se sont tous pris en photo avec moi, l’un après l’autre (momentdegloire.com)...

Commentaires

Laure a dit…
Je suis scandalisée! Militons pour les boucles! A bas la dictature des cheveux lisses!

Génial, ce billet, merci de partager tout ça avec nous!

Et courage pour les désagréments, ça n'a pas l'air facile!

Haha le car de Japonais, excellent!
Anonyme a dit…
Génial ce billet!
François Fellay a dit…
Fan de strawberry blonde. Bravissimo!

Articles les plus consultés