Confession du jour
Vous vous en doutez, il y a beaucoup de choses qui me manquent de la Suisse. Mais en ces jours de début d’automne, alors que le vent se lève et que le ciel est gris, ce qui me manque sans doute le plus - et j’ai honte de l’avouer - c’est ça :
Oui, JE SAIS, moi qui crache sur les multinationales, je crie mon désespoir de ne pouvoir tremper mes lèvres dans un produit Starbuck ! PIRE ! j’éprouve l’ennui de l’atmosphère du lieu ! ... oO
Il faut dire que je suis une vieille droguée. Quand je vivais à Fribourg, l’enseigne se trouvait à l’opposé de mon appartement, mais à l’autre bout de la ligne 5 du bus qui passait entre chez moi. Résultat : il m’est arrivé - à mon grand damne - d’y monter en pyjama à 21:00 car je voulais un cheesecake ou un roulé à la cannelle en dessert... oO
Quelle n’a pas été ma joie d’emménager, quelques temps plus tard, à deux pas de son homonyme veveysan.
Comme toute bonne ancienne sevrée, je garde scrupuleusement mes distances et n’y entre qu’en cas «d’extrême nécessité» (un train à prendre trop tôt, une journée trop froide, l’absence de motivation face à un séminaire. Mais aujourd’hui, alors que je suis au pays du (bon) café, impossible de résister à l’envie de m’asseoir dans les fauteuils en cuir, respirer l’odeur des murs en bois et des pâtisseries, et lire un bon bouquin en sirotant mon café à la citrouille et en jettant de furtifs coups d’oeil sur la rue, de l’autre côté de la vitrine.
J’en ai longtemps débattu avec ma collocataire Paola, l’autre jour (la pauvre revient se loin, elle qui a vécu six mois à New-York et pour qui le demi-litre de moka-chantilly était indispensable pour commencer la journée !) et nous sommes arrivées sur la triste conclusion qu’une enseigne comme Starbuck n’existera jamais à Venise pour la seule raison que son concept ne convient pas à l’Italie. En effet, s’il est possible de lézarder des heures au chaud du célèbre café, c’est parce que celui-ci propose avant tout des boissons à l’emporter. Le client qui s’attarde ne risque donc pas de mettre un frein au chiffre d’affaire de la boutique. Mais en Italie, où la tradition veut que l’on boive son petit noir debout au comptoir, impossible de rester plus de dix minutes dans le bar, sans quoi celui-ci est bondé et plus personne ne peut s’y rassasier (de quoi se mettre le patron à dos, vous en conviendrez...).
Paola et moi cherchons donc des solutions à notre désespoir. Elle s’est installé un coin lecture sur le rebord d’une des fenêtres du salon par laquelle elle regarde passer les gondoles en lisant (c’est so romantic !) et boit du vrai chaï latte qu’elle a fait importer par une amie; de mon côté, je ne déroge plus à la règle du replis dans mon réduit, entre 16:30 et 17:00, avec un capuccino grande et un bon bouquin (mais ne prévenez pas ma cheffe...) :
PS : sinon le truc bien cool ici, c’est que les gens viennent de toute l’Europe et j’admire les différents graphisme des faces des euros (j’en ai une super stylée du Vatican).
Retrouvé mon joli collègue de Singapour à la cafétériat, qui fait partie de ces jeunes engagés directement par le pays du pavillon (et donc nourris-logés... le bon plan) : «you're the Swiss girl from South Africa, right ?»... on a l’impression de faire le tour du monde entre ces quatre murs ! ^^



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