Jour 3, 4, 5, 6 (et un peu du 7, aussi...)

Au programme de ce matin, une vraie grasse mat' avec petit-déj' grandiose. Raté ! Ne connaissant pas les particularités de consommation des Italiens, j'ai réalisé que j'avais acheté du lait frais lorsque j'ai essayé de le faire bouillir... Tant pis pour mon porridge !
Du coup, petit tour sur la toile pour raconter ces quatre derniers jours, en attendant que mon thé (qui sera ma seule pitance ce matin) ne refroidisse...


Marins d'eau douce, s'abstenir !

La nuit de lundi à mardi dernier, un orage s'est pointé sur l'île. Autant vous dire que si l'orage vous plaît, le vivre à Venise est quelque chose à ne pas manquer ! Il vient aussi vite qu'il part, mais est tellement violent que vous avez l'impression que l'île bouge ! (ce qui est peut-être le cas, en fait...).
Bref, du coup, mardi matin, il pleuvait et l'eau ne s'était pas encore tout à fait calmée :

La traversée du Canal de la Giudecca, au petit matin.

Le cours s'est déroulé dans la bonne humeur, l'animation de la journée étant le traditionnel apéro de bienvenue pour les nouveaux étudiants. J'aime mieux vous dire qu'on ne rigole pas avec l'apéro en Italie. C'est à dire que si, en Suisse, vous commandez un verre de vin, on vous amènera, au mieux, un micro-bol de cacahuètes. En Italie, que nenni !, avec un verre de Prosecco, on vous sert la pizza du coin et des bruschette (pain toasté avec un mélange de tomates, d'ail et de basilic). Du coup, on a eu droit au Prosecco (et jus de fruit, pour ceux qui estiment qu'on ne boit pas de l'alcool à 13h) et une variété de petits toast apéritifs (appréciez la fritata de spaghetti, en haut à gauche) :


Nous avons même eu droit à la Ricotta affumicata. Extra découverte ! C'est le meilleur fromage au monde ! Et s'il est tout noir, c'est parce qu'il est conservé longtemps et fumé au feu à bois. Un truc de fou !

Ricotta affumicata

Cet apéro était l'occasion de rencontrer les profs, mais aussi les élèves des autres niveaux. C'est ainsi que j'ai pu faire la connaissance d'Elena et de Victoria, Moscovites. La première étudie l'architecture et parle mieux italien qu'anglais; la seconde suit des cours de langues à l'université, est fan de mode et saoule après un verre de Prosecco ("mes amis disent que je suis une fille hyper économique, pour sortir !"). Elle fait un grand tour d'Italie : après Rome et un petit village de Toscane dont elle est tombée amoureuse, elle passe deux semaines à Venise.

Elena (à g.) et Victoria

Je rentre à la Foresteria Redentore avec Clara. On se fait rapidement une petite salade que l'on mange sur le muret du jardin de la résidence, et je cours à la gare pour accueillir ma mère et mon frère.





La lumière à Venise... ou comment réconcilier Canaletto et Turner.

Après leur avoir présenté la Foresteria Redentore, je montre à ma mère et à mon frère le chemin que je fais, tous les jours, pour rejoindre mon école. On s'arrête sur la Piazza Santa Margheritta (une des places les plus agréables de Venise, parce qu'elle est grande, qu'elle contient plein de petits bars estudiantins, et que peu de touristes s'y aventurent) où on déguste des cichetti. Ce sont des sortes de "tapas à la vénitienne", entre 1.50 et 2 euros chacun, que l'on peut déguster avec un bon verre de Spritz (comme ici...). On peut en voir un exemple sur la photo (il s'agit d'un cichetto à la morue). La Dolce Vita...


Comme je suis une pive, j'ai oublié mes médicaments chez moi et fonce les rechercher. Le principal avantage de vivre sur la Giudecca, c'est qu'on profite à la fois du lever et du coucher de soleil. Avec l'orage de ce matin, la lumière est magnifique et tout prend une autre dimension.

La piazza Santa Margheritta

Le Campo San Barnaba

San Trovaso

La vision de carte postale du Canal de la Giudecca


La photo insolite du jour :


J'explique : sur le chemin du retour, gros délire des employés de l'ACTV (l'entreprise de transports vénitien). Le vaporetto s'arrête et ne repart pas. "Aspettiamo un'attimo !" Donc, ok, on attend. Et là, arrive sur le canal un autre vaporetto, qui fait un virage serré à fond la caisse et vient se coller au notre. "Dobbiamo cambiare ?!", je demande surprise. "Si". Les gars nous font donc passer d'un vaporetto à l'autre, comme ça, sur le Canal... Je comprendrai le lendemain que c'est chose ordinaire, apparemment. Oo


"Ancora una mattina(...)" (Jean-Jacques Goldman)

Mercredi matin, le soleil est de retour :

Vue de la cuisine...

En cours, petit jeu de l'oie pour utiliser l'imperfetto et le passato prossimo :


Parlons un peu des enseignants. L'école est jeune. J'entends par là que les deux co-directrices ont, tout au plus, 55 ans. Le reste du corps professoral est composé d'une majorité de nanas qui doivent avoir entre 25 et 32 ans. Ils sont super sympas, toujours souriants et enthousiastes (même à 9h, le matin !) Chaque jour, la seconde partie du cours est interrompue par Ricardo - le secrétaire - qui vient nous annoncer le programme de la journée. Car toute la semaine est ponctuée de petits bonus : aller voir un film à l'open-air de San Polo, profiter des 8m2 de plage privée de l'école au Lido, faire une "passeggiata" (petite promenade digestive typiquement vénitienne) dans des quartiers méconnus avec un prof d'histoire, d'histoire de l'art ou d'architecture, etc, etc.

Ricardo e Luna

Retour express chez moi avant de retrouver mon frère et ma mère. Cette photo, prise sur le chemin, montre que si on ouvre l'oeil, il est possible de trouver de chouettes tags sur les murs de la ville (bon, je vous l'accorde, ici on ne voit rien du tout. La raison à cela : je prends mes photos sur l'I-phone et les contrastes étaient saturés par le soleil. Si jamais, c'est le symbole de l'infini enfermé dans une cage) :




On m'avait dit : "Torcello est une île perdu et hyper sauvage"...

... ou pas. En fait il serait plus juste de dire "Torcello ETAIT une île sauvage". Perdue, oui, assurément. Torcello est l'ancienne Venise et se trouve à environ 40 minutes de vaporetto de la Sérénissime. Elle n'est aujourd'hui constituée plus que d'un canal et d'une place principale sur laquelle on trouve néanmoins la cathédrale Santa Maria Assunta qui date de 639 (ce qui en fait, quand même, une des plus vieilles églises byzantines de la Vénétie) et un campanile duquel on peut profiter d'une superbe vue sur toute la lagune (problème : il est actuellement fermé pour rénovations). Torcello a servi autrefois de refuge aux Vénitiens, contre l'invasion des Huns, et a vécu dans la prospérité grâce à un florissant commerce de laine. Aujourd'hui, elle est malheureusement envahie par les touristes (grosse déception), car elle se trouve sur le trajet pour les îles de Murano et Burano. Difficile donc de retrouver le silence si caractéristique de cette petite île.

Le Pont du Diable, un des derniers de la région de Venise à ne pas avoir de parapet (il en reste 3). A l'origine, tous les ponts à Venise étaient comme celui-ci. Selon la légende, le Diable serait apparu sur ce pont sous la forme d'un chat noir à une Vénitienne et un officier autrichien, un 24 décembre.

Vue de la place de Torcello (on voit aussi que mon frère bouge beaucoup trop...).

La ville est pleine de ruines et de vestiges byzantins.








La petite église de Santa Fosca (XI-XIIème siècles)


Le trône en pierre qui aurait appartenu à Attila le Huns. La tradition touristique veut qu'on fasse son gros boulet en s'asseyant dessus et en étant sur toutes les photos des autres touristes...



De retour à Venise...

... souper improvisé avec des produits régionaux achetés dans l'épicerie du coin. Les seuls chats que j'ai vu, pour l'instant, à Venise, sont ceux qui dorment devant le Ca'Pozzo. Ils sont victimes de stérilisations intempestives, du coup on en trouve de moins en moins (et comme il fait très chaud, ils se cachent) :



Jeudi 22 août :

Petite balade sur la Giudecca. Le but étant de trouver une osteria sympa où se sustenter. C'est rapidement chose faite avec "Palanca", le meilleur rapport qualité-prix de la Giudecca en matière de vue et au vu de ce que l'on a dans l'assiette. Le patron est super sympa, les employés nous accueillent avec les sourire. Ici, on cuisine des produits italiens mais en les revisitant (poulpe gratiné, linguine aux coquilles St-Jacques flambées à la vodka,...). On n'y mange qu'à midi et il faut arriver quand il reste une table vide !

Les Zattere

L'osteria Palanca

Balade sur la Giudecca

Ponte Grande


Chapitre "Viens mélanger tes couleurs" (ou pour ceux qui kiffaient les Volbecs).




Burano est une île connue. Située au nord de Venise, c'est une île de pécheurs et de dentellières (dès le XVIème siècle, elle est la capitale de cet art du fil). Lorsque les marins partaient en mer, leur épouse, pour les aider à retrouver le chemin du retour malgré la brume de la lagune, peignaient leur maison dans une couleur bien précise. Les teintes étaient, à l'origine, dans des tons pastels. Aujourd'hui, motivés par l'afflux touristiques, les femmes repeignent les maisons dans des couleurs vives (parfois trop vives), ce qui - paradoxalement - ternit un peu le charme de la ville.
Il est possible de visiter Burano sans la masse des touristes. Ceux-ci programment souvent une journée entière pour faire le circuit Murano - Burano - Torcello. Aussi, si vous choisissez d'y aller entre 17 et 19h, et que vous vous perdez un peu dans les rues annexes de la rue principale, il est tout à fait possible de saisir le silence de la lagune et la tranquillité de l'île.





La maison de Bepi, dit "Bepi Suà" (Bepi-en-nage). Ce dernier est né à Burano en 1920. Dans les années 40, il travaillait dans un cinéma et s'était vu offrir un des premiers projecteurs qu'il utilisait dans la cour de sa rue, pour le plus grand bonheur de ses voisins. Sa passion pour la peinture l'a amené à repeindre plusieurs fois sa maison, selon des techniques aujourd'hui disparues... ou presque disparues, puisque le nouveau propriétaire de la maison (Bepi étant décédé en 2002) perpétue ces techniques lorsqu'il repeint sa façade.

La place principale de Burano, avec le campanile de l'église San Martino qui penche dangereusement (même si ça ne se voit pas ici).



S'enfoncer dans le village permet de se retrouver littéralement face à la lagune.







A Burano, il y a beaucoup de chats.













Ca va ? C'est pas trop "l'indigestion de couleurs" ? ;)


Vue de la lagune, au retour.


La cuisine italienne...

Retour à Venise où nous découvrons un autre pont sans parapet (dans le Ghetto) :



Puis, direction Cannaregio pour souper dans un de nos coups de coeur : Alla Fontana (accueil charmant, cuisine familiale et traditionnelle, poissons délicieux). Luca dessine un vaporetto sur son set de table :



Il y a un éternel débat, entre les épicuriens, pour tenter de définir qui, de la cuisine française ou de la cuisine italienne, est la meilleure (débat que j'ai d'ailleurs eu avec ma voisine de compartiment, dans le train, à l'aller).
Alors que la cuisine française est maîtresse en l'art de modifier ses produits et proposer de nouvelles manières de les consommer, la cuisine italienne est plus "traditionnelle" et familiale en ce sens qu'elle ne s'appuie que sur des produits régionaux de base qu'il est facile de trouver dans n'importe quel marché. Mais alors à quoi tient son goût incomparable ? Je pense que les mamma et nonna italiennes savent majestueusement sublimer les produits. C'est à dire que, non seulement le produit est délicieux de base (car gorgé de soleil et nourri d'une terre différente de la notre), mais il est également assaisonné d'une main experte et sublimé par nombre de petits ingrédients qui font toute la différence.

Pasta alle vongole


Venerdi... presto il week-end !

Chaque fin de semaine, certains élèves partent. Du coup, une petite photo de classe s'imposait :

Derrière : Stefan (Allemagne) / Mathilde (Italie, mais partie germanophone) / Irma (en fait Isengrilde, Allemagne) / Franz (Allemagne) / Cristina (Suisse - Bâle) / Erik (Allemagne) / Paula (Nouvelle-Zélande).
Devant : Redhzep (Turkménistan, mais vit à Moscou) / Andrea (Hongrie) / Saki (Japon) / Veronica (la prof, super choue et vraiment hyper sympa) / Ulriche (Allemagne) / Anne (France) / ma tête de baleine échouée (parce que Ricardo, qui prend la photo, se moque du fait que je doive me baisser).


Vendredi après-midi, il est l'heure de rentrer pour Luca et ma maman.


Me voilà à nouveau seule à Venise.


Le soir, l'école propose une passegiatta avec Domenico, professeur d'histoire de l'art spécialisé dans l'architecture, et plus précisément, dans l'urbanisme vénitien. Direction les sestieri de San Polo et Santa Croce où nous découvrons des Rio Terra (d'anciens canaux comblés) et des palais qui datent, pour la plupart, des XIIème et XIIIème siècles. Il s'agit d'appréhender les anciens tracés de la ville pour comprendre que Venise n'est pas construite de manière aussi anarchique que ce que l'on veut bien croire d'habitude. En effet, les canaux (et ceux récemment comblés) sont tous ou parallèles, ou perpendiculaires et témoignent d'une certaine logique, tout comme les palais dont la façade principale est généralement orientée vers le canal le plus proche, même si elle est aujourd'hui dissimulée derrière celle d'un bâtiment plus récent. Sur un de ses étages, le palais est également percé de part et d'autre par de grandes fenêtres, ce qui permet de laisser passer la lumière et de réserver un accès au canal qui passe devant l'édifice, mais également à celui qui se trouve derrière. Souvent, les palais vénitiens possèdent deux entrées principales : l'une menant au premier étage; la seconde desservant directement l'étage supérieur.



On découvre également que la façon de construire des Vénitien diffère de celle des autres Italiens : comme la ville est montée sur pilotis et qu'elle est constituée d'une multitude de petites îles (et non pas un grand bout de terre en forme de poisson, comme le pensent certains), les forces tectoniques qui habitent les bâtiments bougent régulièrement, ce qui explique les campaniles penchés et les fenêtres affaissées. Pour palier ce problème, les architectes vénitiens utilisent des "bandes vides" de façades, entre les fenêtres de la loggia principale, et des bouts de couloirs vides, à l'intérieur du palais, pour permettre à ces derniers de bouger avec le sol. Ainsi, les murs s'écartent progressivement sans entrainer l'écroulement de la maison.



Le sestiero de San Polo est un charmant petit quartier populaire. Il était autrefois très vivant, puisque situé tout près du Rialto, quartier marchand par excellence. Aujourd'hui on y trouve des petites places sympa et plus ou moins alternatives où sont organisées toutes sortes de manifestations culturelles et estivales.



San Giacomo dal'orio, date vraisemblablement du XIIème siècle, avec des remaniements du XVIème.

La tour est construite selon la tradition romane (il s'agit plus d'une tour de guet que d'un campanile).

Faut pas être trop gros ! 




Spéciale kasse-dédi à ma frangine :

Si tu veux venir bosser ici, Venise regorge d'Erboristerie. Elles sont toutes hyper choues, avec des comptoirs en bois sculptés et de vieux bocaux en porcelaine et en verre sur les étagères :

Erboristeria du Campo S. Polo


Bilan de ces quatre derniers jours : mon pied marin n'est plus aussi sûr. Après 3 jours passés à arpenter la ville sur les vaporetti, je vois tout tourner, même sur la terre ferme.

Commentaires

Anonyme a dit…
C est beau c est appétissant c est drôle c est souriant et à ton image, j apprend plein de choses et je te suis dimanche depuis mon hamac dans le jardin après un orage et beaucoup de pluie dans la nuit et samedi une sortie de boîte dans le Lavaux sympa et ou on découvre toujours encore des endroits inconnus mais charmants, comme à Venise, à bientôt et gros bisous.

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