Du côté de San Marco, le jour; du côté de Cannaregio, la nuit

Tout d'abord, j'aimerais revenir sur cet article :

http://red-trip.blogspot.it/2013/08/saturday-night-fever.html

Parce que je connais enfin le fin mot de l'histoire : il s'agissait bel et bien d'un riche qui venait fêter ses 50 ans à Venise. Ce que j'ai appris plus tard, c'est que s'il y avait autant de sécu autour du périmètre, c'est parce que le Monsieur avait invité Robbie Williams à chanter pour sa fiesta ! (et pour info, ce n'est pas une église, mais une ancienne Scuola Grande, aujourd'hui séparée en deux étages. Et sur l'étage supérieur se trouve LA salle de basket de la ville... Vraiment).


Trop de choix !

Enfin le week-end ! (genre...)
J'ai pris mon courage à deux mains et suis retournée à l'ACTV pour refaire mon abonnement de vaporetto. Après 50 minutes d'attente, je me suis de nouveau pris le choux avec les règles de la maison qui semblent changer d'un employer à l'autre. Du coup j'ai payé plus que je n'aurais dû et suis partie. On ne me reverra plus là-bas ^^'


Quand les gens qui descendent du vaporetto sont plus hauts que vous, vous pouvez commencer à vous interroger sur le niveau de la ligne de flottaison...


A la Pizzale Roma, il est possible de voir une toute nouvelle construction qui ne vous laissera certainement pas insensibles :

Les rails du tram

Personnellement, je suis fan; je trouve ça très beau. Mais beaucoup ici critiquent déjà l'architecture du truc (depuis le canal, c'est encore plus surprenant, j'essaierai de prendre une photo). Il s'agit d'un tout nouveau tram qui, pour le moment, relie le Tronchetto (le parking) à la Piazzale Roma et qui, dès l'année prochaine, ira jusqu'à Mestre, ce qui est un grand soulagement pour les pendulaires (comme ma prof) qui ne prendront plus que 10' pour rejoindre la Sérénissime.




Sinon, je me suis un peu baladée près de l'école (comme je suis revenue à pieds de la Piazzale Roma) et je suis tombée sur une église, San Pantalon (on ne rigole pas !), qui ne paie vraiment pas - mais alors pas du tout ! - de mine de l'extérieur, et quand on rentre, on tombe sur ça :

PHÔÔÔ !
Ce qui me fait penser que les Italiens sont quand même les meilleurs en matière de trompe-l'oeil.
(photo Google)


Exposition au Palazzo Ducale :

L'après-midi, j'ai profité de la prolongation de l'exposition temporaire du Palazzo Ducale pour aller y faire un tour.
Il s'agit du "Retour de Manet à Venise". Certaines des toiles les plus connues sont présentées dans les superbes pièces du palais des doges et le curateur de l'expo a eu l'excellente idée de confronter les toiles du peintre français à celles de certains peintres de la Renaissance qui l'ont influencé (Titien en tête).
L'exposition était vraiment de qualité, c'était une excellente surprise !
Déjà, parce que c'était l'occasion de voir en vrai des toiles qui sont d'ordinaire cachées, ou qui vivent loin de chez nous. Ensuite, parce que la plupart de ces toiles étaient accompagnées de leurs esquisses (et il est très intéressant de voir que, pour Manet, il n'y a pas beaucoup de différences entre le premier jet et l'oeuvre achevée). Enfin, parce que cette expo permettait également de voir des oeuvres de la Renaissance qu'on ne voit pas d'ordinaire, mais qu'on connaît tous (ou presque).
Ainsi, les curateurs ont confronté l'Olympia de Manet à La Vénus d'Urbino de Titien (un exemple parmi tant d'autres) :

Olympia de Manet

Vénus d'Urbino de Titien

Et comment dire... Je suis tombée folle amoureuse de cette dernière (je sais, c'est nul, à la base je ne venais pas pour elle...) ! La voir en vrai est incroyable. Elle n'a vraiment rien à voir avec les reproductions que l'on trouve dans les livres ou sur internet. On dirait que le peintre a dessiné chaque cheveu de sa tête, son oeil brille d'une manière surprenante, et surtout, le rendu de la peau est incroyable ! (Il m'a presque décomplexée, c'est dire). Non, sérieusement, c'est une vraie peau; on dirait une photo tant la lumière et les couleurs sont justes ! Toute la silhouette de la Vénus irradie de cette exactitude, c'est magnifique !

Sinon, j'ai redécouvert Manet. Il y a tant de regards perdus, de bras qui se frôlent,... Chacune de ses oeuvres semble évoquer une histoire d'amour. Ou, du moins, l'abandon de l'âme.

Autre comparaison qui était faite, son Balcon et Les deux Vénitiennes de Carpaccio :

Le Balcon, Manet
Les Deux Vénitiennes, Carpaccio

Et puis c'était aussi l'occasion de revoir le Palazzo Ducale :




L'escalier d'or



L'escalier des géants





La perspective sur San Marco 

"Mouais, moi j'aime bien les gondoles. C'est hyper décoratif dans un appart'...".

Admirez les jeux de lumières sur les murs.

Et la visite s'est achevée par une messe à la Basilique San Marco, avec Mathilde (une copine de classe qui vient de la partie germanophone de l'Italie). L'occasion de voir la Basilique gratuitement et sans les touristes (mais il faut montrer que vous connaissez le cérémonial de la messe et surtout ne pas sortir un appareil photo). Un couple d'Allemands était là pour commémorer devant Dieu leurs 50 ans de mariage. Donc on a eu droit à leur discours et à un Agnus Dei chanté par une chanteuse solo qui n'était pas une petite vieille (même si elle avait la voix chevrotante, mais bon, c'est un détail).

Juste pour vous faire une idée, voilà à quoi ressemble la Basilique San Marco, de l'intérieur :

Construite sur le modèle de Ste Sophie de Constantinople. (photo Google)

Et pour vous faire une idée de ce à quoi ressemble le pavement de la Basilique... :

Comme si le décorateur, indécis, avait dit : "Bon, ben mettez-en un de chaque, svp !"



La pelle d'occa (littéralement "la peau d'oie"; en français, "la chair de poule") :




Le thème de la Passegiata de ce soir était "mystères de Cannaregio", avec Anna-Maria, professeur d'italien à l'institut, dans un cours privé (et super jeune ! elle devait avoir, à tout péter, 25 ans).

Pas de bol, elle s'était inspirée pour la balade, d'un livre que j'ai aussi lu. Du coup elle était toute stressée à l'idée que je dénonce ses sources et que je m'ennuie. Mais qu'elle se rassure : aucun risque ! Parce qu'elle raconte vraiment bien les histoires, mais aussi parce que lire ces histoires bien au chaud dans son lit, en Suisse, c'est une chose; écouter ces histoires devant les objets qui témoignent de ces faits, au beau milieu de la nuit, dans une Venise déserte, c'en est une autre !

Départ pour un petit tour d'horizon des histoires noires que cache le sestiero de Cannaregio !


Les graffitis du XVème siècle :

Un joli petit graffiti d'une galère qui, semble-t-il, est antérieur à 1400.

Un graffiti qui raconte une histoire beaucoup moins choue :

Quand l'Ospedal SS. Giovanni e Paolo a été construit, l'un des "hommes de chantiers" vivait dans le quartier, dans une modeste maison, avec sa femme. Celle-ci mourut prématurément et lui, de chagrin, laissa partir tout l'argent qu'il gagnait pour elle. Sans le sou, il trouva refuge sur le porche de l'église où, le soir, il gribouillait des graffitis sur le mur, à l'aide d'un clou.

Non loin de là vivait une mère originaire de Venise et son fils. Ce dernier était juif, par son père. Comme celui-ci était d'origine hébraïque, il vivait sur la Giudecca (comme nombre d'entre eux à l'époque) et le jeune garçon, se trouvant tiraillé entre deux foyers, se mit à perdre la tête et commença à battre sa mère. Un jour, pris de folie, il s'empara d'un couteau, le planta dans la poitrine de sa mère et lui en extirpa le coeur. Lorsqu'il se rendit compte de son geste, il courut hors de chez lui, le coeur et le couteau à la main, et passa devant le pauvre homme qui vivait sous le porche et qui dessina la scène (on reconnaît le turban du jeune homme, un couteau dans sa main droite et le coeur de sa mère dans la gauche). Mais le jeune homme chuta et le coeur tomba par terre. La légende raconte qu'à ce moment précis, une voix s'éleva de l'organe et dit "Mon fils, t'es-tu fait mal ?" Alors, pris d'une folie encore plus grande, le jeune homme s'enfuit sur les Fondamente Nuove, où il se jeta dans la mer.


Ces ancres servaient autrefois à accrocher les prisonniers afin de les montrer aux passants, avant leurs condamnation. De nombreux Vénitiens les font taper contre le mur, en passant, même si certains pensent qu'elles portent plus malheur que bonheur.


Ces inscriptions sont des témoignages des hivers mémorables où la lagune avait gelé. En effet, durant les hivers de 1789, 1864 et 1929, on put rejoindre Mestre à pied ou en traineaux !

Depuis les Fondamente Nuove, face à la lagune, Anna-Maria nous a raconté deux histoires.

La première est une légende en lien avec l'île de San Michele, qui accueille le cimetière de Venise. Certains soir, particulièrement entre octobre et mars, la brume est si épaisse sur la lagune, qu'il est impossible de voir l'île de San Michele. Au début du XXème siècle, un soir de novembre, ce fut le cas. Mais les pécheurs qui avaient travaillé à Venise devaient rentrer chez eux (à Murano, Burano,...). Un vaporetto pris donc la direction des îles... sans radar. Le conducteur se rendit compte que le voyage n'était pas possible et décida de faire demi-tour. En tournant, il heurta cependant une barque qui transportait cinq femme, dont une petite fille. La barque vola en éclats. Trois des femmes purent s'en sortir, mais la mère et sa fille furent portées disparues. Un matin, la soeur de la femme disparue, qui avait rêvé du lieu où se trouvait son corps, se rendit auprès des autorités qui retrouvèrent le corps de la mère. Celui de la petite est, quant à lui, toujours porté disparu. On raconte que certains soirs, quand la brume est très épaisse, on voit flotter au loin la petite lumière de l'âme de la fillette qui cherche toujours son corps...

La seconde histoire s'est déroulée un peu après la Deuxième Guerre Mondiale. Une dénommée Linda se rendait régulièrement sur les Fondamente Nuove pour acheter ses cigarettes. Un jour, plus de Linda. Des enfants qui jouaient près des filets des pécheurs trouvèrent une sorte de panier de pêche dans lequel se débattaient une multitude de seiches et de crabes. Fous de joie, ils rapportèrent le panier à leurs parents qui, en ôtant les poissons, découvrirent le corps de Linda. On apprit plus tard qu'un gondolier l'avait tuée. Mais depuis ce jour, plus aucun pécheur ne jette ses filets dans cette zone, car, paraît-il, les yeux des seiches y ont les yeux de Linda.

Autre histoire relative à l'histoire du Casino dei Spiriti (dont j'ai parlé dans un précédent post), celui-ci avait la réputation d'être hanté car c'était un repères de peintres du XVIème siècle. Un jour, l'un d'eux s'épris du modèle de Giorgione qui lui fit subtilement savoir qu'elle n'était pas intéressée et que s'il était vraiment prêt à mourir pour elle, il n'avait qu'à s'exécuter. Le peintre sauta dans la mer, depuis la fenêtre. Depuis ce jour, son fantôme serait revenu plusieurs fois aux fenêtres, crier son amour à la muse. Et on ferma progressivement toutes les fenêtres du palais.


Sur le mur de l'ancienne maison du Tintoret (qui est à vendre !), il y a un trou dans le mur qui est aujourd'hui comblé d'une statue représentant Hercule, avec son bâton.
La légende raconte que la fille du peintre aurait rencontré une vieille sorcière qui lui aurait conseillé, pour ressembler à la Sainte Vierge, de cacher chez elle les hosties qu'elle recevrait pendant 10 jours, puis de les lui donner pour qu'elle puisse la faire ressembler à la Madonne. La jeune fille s'exécuta. Mais au bout de 4 jours, comme les animaux qui se trouvaient dans la cour de la maison commençaient à décliner à vue d'oeil, le Tintoret s'interrogea et fouilla dans la chambre de sa fille. Lorsqu'il trouva les hosties, il conseille à sa fille de faire entrer la vieille, la prochaine fois qu'elle viendrait lui rendre visite. Lorsque ce jour arriva, la jeune fille fit entrer la sorcière et le Tintoret, qui l'attendait avec un bâton, voulu la frapper. Mais la sorcière fut plus rapide et se transforma en chat. Elle s'enfuit si vite, qu'en traversant le mur, elle fit un trou qui est aujourd'hui bouché par cette statue.


Sur le Campo dei Mori se tenait le commerce de trois frères. Une vieille dame se rendit un jour chez eux, pour leur acheter des étoffes. Elle accepta leurs prix en leur demandant d'être honnêtes; les frères étant connus pour être des escrocs. Ils lui répondirent être les plus honnêtes marchands du coin. La femme leur dit, en les payant, que s'ils mentaient, ils seraient changés en pierre. A nouveau, ils lui assurèrent leur honnêteté. La femme - qui était en fait une sainte - paya. A peine eût-elle poser la monnaie dans les mains des commerçants que ceux-ci se changèrent en pierre. Ils surveillent toujours, aujourd'hui, le Campo et le Ponte dei Mori.


Ce trou correspond à l'emplacement des gonds des grilles et des anciennes portes du ghetto, que l'on fermait sur le quartier, une fois la nuit tombée.


Même à Venise...




La photo insolite du jour :

"Salut, je suis super bonne et je fais un job super viril (et en plus je sais manier les cordages), la classe !"


Bilan de cette journée : Ca ne va pas être facile de s'endormir, ce soir...

Commentaires

Antoine a dit…
Quel marathon ! Mais au moins cela en vaut la peine et moi j apprend plein de choses! C est super ces descriptions et tes activités, et de plus cela te va bien, n hésite pas a manger les sandwichs les pâtes les poissons les fruits désirs les glaces cela te va bien et tu ne ressemble pas encore à la venus bien que!.....
L église avec le trompe l œil est incroyable, super découverte, sauras tu la retrouver?
Bisous bonne nuit et bon début de semaine, il ne peut être que bon dans la sérénissime .

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