Aujourd'hui, Venise m'a déçue !

"Hé, les gars ! Je crois que j'ai un goéland sur la tête !"

Oui. Venise m'a déçue. Non pas à cause de ses gondoliers et de ses croisières (ça, je le savais déjà avant de partir), mais à cause des connards qui sont à la tête de la ville et qui la remanient en centre commercial géant. Je m'explique : avec la crise économique, il devient trop cher pour Venise d'entretenir son patrimoine. Du coup, les petits rigolos qui gèrent la commune se sont dit : "On a besoin des touristes, mais on ne peut plus conserver ce qui les fait venir... Il faut trouver un autre but à leur voyage !" Et l'idée est de transformer Venise en immense plaque tournante commerciale, entre deux destinations.
Du coup, les magasins de luxes et de souvenirs envahissent de plus en plus les rues, mais les édifices charmants d'autrefois sont également réaménagés. Et ainsi une église du XIIIème siècle devient une banque du XXIème siècle. C'est aussi simple que ça, et c'est dégueulasse.










Balade dans le quartier de San Marco :

Le quartier de San Marco est donc devenu celui des marques de luxes et des boui-bouis de souvenirs. J'ai quand même essayé de retrouver 2-3 petits coins charmants qui m'avaient plu.

En route, donc, depuis la fermata San Zaccaria (la Riva dei Schiavoni est littéralement noire de monde ! Je n'ai même pas pu prendre une photo tellement on était serrés !) et son église :

Eglise San Zaccaria

L'église date du XVème siècle et est l'oeuvre de Gambello et Coducci. Elle mélange les styles gothique et renaissance et contient des reliques (dont le corps de St-Athanase. Dégueu' !).
En rentrant, on se dit juste qu'on a affaire ici à une "mini Chapelle Sixtine", mais gratuite, elle :


Genre "Salut ! Moi j'ai un tombeau à 10m du sol !"


Bellini, les Historiens de l'art de St-Maurice reconnaitront peut-être ;)

Et l'église a une crypte :

(image de Google)


Ensuite, dans une petite cour en travaux, j'ai découvert un bas-relief représentant un dragon :

Ce dragon se trouve dans la Corte del Rosario et date du XIVème siècle. Le double noeud au centre de l'animal montre la dualité de ses valeurs symboliques, représentées par le dragon (à gauche) et le serpent (à droite).

En continuant en direction de la Piazza San Marco, on est submergé par le flot de touristes et on suit bêtement le troupeau. Si on parvient toutefois à s'en extirper, on peut découvrir ce qu'il reste d'une charmante paroisse (exceptionnellement ouverte au public, pour la Biennale) et un cloître bénédictin qui est l'unique exemple de style roman de Venise (XIIème siècle). Par contre, pour ce dernier, il faut débourser 1 euro rien que pour passer la porte (c'était le prix d'une boule de glace au Campo Santo Stefano... autant dire que je ne suis pas rentrée. D'où ma photo foireuse).



L'artiste crache les couleurs du tube. De près ça donne ça...

... et de loin, ça donne ça !


Un tout petit bout du cloître bénédictin...

Ensuite, première grosse déception de la journée : je connaissais une petite église où très peu de monde s'arrête. Comme je n'y étais jamais allée, je pousse la porte... et tombe sur un panneau "propriété privée". L'église a été rachetée. C'est une sorte de banque ou un magasin (je suis passée devant, mais il n'y avait pas de plaque). Autrefois, il s'agissait de San Teodoro, siège de l'Inquisition au XVème siècle. Elle contenait une collection de terres cuites et d'éléments architecturaux mis à jour lors des travaux de rénovation de l'église. Certains d'entre eux dataient du XIème siècle !

Voilà ce qu'elle contenait. (photo de Google).

"Doppo", inévitable Piazza San Marco. Je ne m'attarderai ni sur les Procuraties, ni sur la Basilique, ni sur la Tour de l'horloge. Voilà quand même 2-3 clichés :

Détail de la Basilique San Marco (on voit bien l'influence byzantine, je crois...).

La Tour de l'horloge (sans ses échafaudages !) avec, sur la gauche, les gouttières immondes qu'ils ont placé pour éviter que l'eau ne s'écoule sur les façades de la Basilique.

Une mariée devant les Nouvelles Procuraties.


Détail de la Basilique San Marco

La jonction entre la Basilique et le Palais ducal. On voit bien ici les nombreuses influences dont est dotée la Basilique.

Au sommet d'une des deux colonnes de la Piazetta, entre lesquelles on exécutait les condamnés à mort (passer entre elles porte malheur).

Le Palazzo Ducale :

La première fois que je suis venue à Venise, ça a été mon grand coup de coeur. Sa façade et son architecture si particulières y sont peut-être pour quelque chose.


On voit sur cette photo que le Palais des doges est une parfaite représentation de l'architecture gothique vénitienne. Il a été réalisé en 1340.
Le génie de l'architecte a été de faire bouger la façade en "trichant" avec une première arcade dont les colonnes sont raccourcies pour mieux faire écho à l'arcade supérieure qui, elle, apporte des jeux de lumières grâce aux "trous" qui les surmontent. Le traitement du mur, en briques rouge et blanches, apporte également du mouvement à l'ensemble. Et tout semble pourtant parfaitement harmonieux.
On remarque également, au centre de la photo, deux colonnes de marbre rose. Elles commémoreraient à la fois le lieu où se tenait le Doge lors des cérémonies, mais également celui d'où l'on prononçait la sentence des condamnés à mort, à la foule (le rouge rappelant la couleur du sang).


Jeux de lumières du Palais des Doges (avec la Basilique en premier plan).


Autre élément appréciable que peu de gens remarquent, les bas-reliefs de la colonnade qui soutient l'édifice est plein de bestiaires et d'allégories plutôt sympathiques :

Le chapiteau des fruits

Celui des saisons et de ses travaux

Là, y a carrément une scène de fesses

Des animaux tenant dans leur gueule un lièvre ou autre animal symbolisant le mal

Le chapiteau des 7 péchés capitaux est mon préféré. Ici, la luxure (à g.) et la gourmandise (à dr.)

... et la colère


Si on s'enfonce dans le quartier...

Plus loin, on trouve la Corte Lucatello et sa margelle de puit :

Corte Lucatello

En passant sous le sotoportego qui suit, on tombe devant la porte - fermée - de l'église Ste-Croix-des-Arméniens :



A l'intérieur, c'est comme ça (avec, paraît-il, une voûte étoilée) :

(photo de Google)
De l'extérieur, il est possible de voir le campanile. On peut le prendre en photo depuis la Corte Gregolina qui contient aussi un superbe puit du XVème siècle, très bien travaillé :




Poursuivons notre balade.
Nous allons maintenant voir l'importance de lever les yeux à Venise. On peut déceler, sur les murs, de vieilles patères du XIIIème siècle (comme ici, une sirène, avec des pattes d'oiseau et une queue en tête de cygne, qui tient un poisson dans ses bras...) :


Ou ça, ma fierté du jour ! En passant par le Rio Terà delle Colonne, je lève les yeux et...

Rio Terà delle Colone
OH !

Malgré la date inscrite (1691), il semblerait que cette fresque soit plus moderne. Elle représente le goût des Vénitiens pour les jeux de hasard, et plus particulièrement pour les jeux de dés. Ceux-ci ont longtemps été interdits dans la ville.

Si on continue notre passeggiata, on arrive au bassin Orseolo, qui sert de "parc à gondoles" :


Bassin Orseolo

Continuons notre route...





Nous arrivons à présent devant le Palazzo Contarini del Bovolo, qui mélange les influences Renaissance et byzantine. Son escalier est hyper connu et son jardin renferme quelques margelles de puits datant du XIème siècle :


Palazzo Contarini del Bovolo



Y a comme une verrue dans le paysage...

Sur le Campo Manin, un bâtiment (une banque) illustre parfaitement mon propos précédent, au sujet de la transformation de la ville :


Donc, ce batiment...

... côtoie celui-ci.

Plus loin, LA grosse déception de cette journée :



Cette cour, la Corte S. Andrea, était autrefois charmante. Mais ils ont coupé le laurier qui poussait dans la margelle de puit :(

Nous arrivons bientôt au Palazzo Fortuny, autrefois le palais des Pesaro, avant qu'ils ne déménagent sur le Grand Canal :


Palazzo Fortuny (XVème)

Puis, nous arrivons dans la "Rue des Assassins".
A Venise, on ne rigole pas avec les noms des rues. Par exemple, dans la "Via del forno", il fait très chaud. Ici, on retrouvait souvent, au petit matin, un mec mort. Pour tenter de palier au problème, les autorités essayèrent d'éclairer les rues avec des petits autels votifs pourvus de veilleuses. En 1128, on interdit même le port de fausse barbe qui permettait aux assassins de ne pas être reconnus !
Pour l'anecdote, durant la 2ème Guerre Mondiale, les SS choisirent cette rue pour y établir leurs bureaux...





S'ensuit la découverte du Campo S. Angelo, une des plus grandes places de Venise.


Campo S. Angelo

Sur ce Campo, il est facile de comprendre ce qu'étaient les Rio Terà, avant d'être comblé. On voit encore aisément le tracé de ces canaux d'autrefois :







(Au Campo S. Beneto aussi) :





Puis, nous arrivons sur le Campo S. Stefano, un des plus vastes de Venise (mais aussi un des plus tranquilles ! Je l'aime de plus en plus. Les dernières courses de taureaux y eurent lieu, en 1802. En plus, Paolin, le glacier, propose des parfums délicieux à des prix défiant toutes concurrences) :




Spéciale dédicace à ma frangine :
Sur le Campo Santo Stefano, il reste des marques des chaudrons qui servaient autrefois à préparer la Theriaca :


On voit les trois cercles qui servaient à soutenir le chaudron
La Theriaca était une sorte de potion magique qui guérissait de nombreux maux. Seules une quarantaine des 90 pharmacies de Venise étaient autorisées à préparer le breuvage. Celui-ci mijotait dans à même la rue, dans des mortiers de bronze. Son ingrédient le plus répandu était la vipère. La difficulté de leur capture faisait que la potion n'était préparée qu'une fois par an. L'animal était réputé pour ses pouvoirs de rajeunissement. Les pharmaciens étaient tenu d'exposer, pendant trois jours, devant leur boutique, tous les ingrédients qui composaient la préparation, de telle sorte que la clientèle puisse s'assurer de la qualité des produits.


L'église de S. Stefano est assurément à voir; un truc de fou :


(photo Google, à la qualité merdique). En gros, c'est tout une charpente foisonnante de détails.

Autre église sur le trajet (Venise est faite d'églises), Santa Maria del Giglio, oeuvre baroque conçue par Giuseppe Sardi entre 1678 et 1683. Son originalité tient dans le traitement de sa façade, qui semble être un éloge à la gloire politique et maritime de la famille Barbaro, qui commanda sa construction. En témoignent les bas-reliefs représentant des plans de villes :


Santa Maria del Giglio

Bas-relief sur le piédestal des colonnes

Plan de Rome

Plan de Padoue, sculpté en relief
Intérieur

A l'église de St-Maurice, une exposition présente "les instruments de Vivaldi". Toute une série d'instruments utilisés par ses élèves (notamment les jeunes filles des couvents dans lesquels il donnait des cours de musique). Le plus vieux violon présenté date de 1591 !





Fabrication d'un violon

Bis

Sorte de viole pourvue d'un pavillon, pour faire un son de fou !




Continuons nos déambulations :







Nous arrivons à...



Indice :



La Fenice ! Et l'entrée par laquelle passaient les spectateurs qui y venaient en gondole.

Retournons du côté de la Piazza San Marco :


San Moise

A Venise, toutes les architectures se côtoient... Je précise que l'immondice, à droite, c'est l'hôtel Bauer.
Depuis la rue, par la fenêtre...




Et, finalement, retour à la maison dans le soleil couchant.
Et re-spéciale kasse-dédi à mon papa, du coup, avec le magnifique bateau à voiles du WWF, si je ne me trompe pas :





San Giorgio Maggiore et la Biennale. Un bon mélange :)


La photo insolite du jour :

Alors, aujourd'hui, il y en a plusieurs !

J'ai d'abord voulu photographier ce monsieur qui faisait pisser son gosse dans un cul de sac, devant le porche d'une maison, mais je n'ai pas eu le réflex assez rapide. Du coup, je vous propose :

Le musicien du XVIIème siècle qui part en vacances :


Le monsieur qui fait voyager son chien en première classe (et qui lui tâte les hémorroïdes au passage...) :


Les Carabinieri qui ont vraiment pensé à tout et qui ont prévu les évanouissement dus au trop plein de foule sur la place San Marco :




Et sinon, l'école dans tout ça, ça se passe comment ?

Bien, bien. Si ce n'est que j'ai une prof qui perd 10 minute, tous les jours, à nous répéter les bienfaits de la séparation des tables pendant le cours (j'explique : Silvie, la prof de la première heure, colle les tables pour qu'on puisse travailler en groupe, ce qui agace Elisabetta, prof de la deuxième heure, qui les décolle systématiquement).

Aujourd'hui, Saki nous a présenté comment préparer le "Tendon", ce qui nous a à tous donné faim (il était environ 12:40) :




Du coup, en rentrant, j'ai essayé de copier un antipasto que j'avais vu sur une carte d'osteria :




Bilan de cette journée : Je suis très déçue de ce que j'ai vu de Venise aujourd'hui. Et en plus j'ai mal aux pieds. Et comme ce blog me prend des heures, vous m'excuserez, mais maintenant, je vais me coucher.

A demain, pour de nouvelles aventures !

Le Redentore, de dos, depuis notre couvent.
Bonne nuit !

Commentaires

Un admirateur a dit…
C'est génial de se sentir en vacances quand on est au boulot... J'adore suivre ton périple, c'est comme une BD!


Petites questions: as-tu pris la petite boîte à crayons et griffonné quelques croquis?

Plein de bisous...
Unknown a dit…
Article magnifique et intéressant, merci d'avoir pris du temps pour nous!
Tes photos sont superbes, et j'adore les petits commentaires rigolos!
Le seul inconvénient de ton blog, c'est qu'il me rappelle à quel point j'aimerais tout arrêter et partir à Venise (avec mon Brun sous le bras évidemment)... Donc je suis rongée de jalousie, voilà.
Pascale a dit…
Comment peux-tu être déçue de cette balade ? Tu nous fais une visite guidée géniale. J'ai découvert une foultitude de détails que je n'avais même pas imaginé exister. Si tu cherches un job, style job de vacances, fais-toi engager par une agence de voyage pour les visites guidées. Et puisque tu maîtriseras désormais l'italien, tu devrais avoir toutes tes chances. J'ai adoré.
Gros bisous
Morgane a dit…
Magnifique la photo du goélant! (et oui désolé on a pas tous la même notion d'une belle photo! ;P)
Morgane a dit…
Franchement, j'adore les supers petites anecdotes, les photos insolites, etc. ça me donne envie d'aller me balader avec toi... ;)

P.s:on utilise encore le thériac! (rassurez-vous on ne capture pas les vipères nous-même...notre fournisseur doit s'en charger! et pour ceux qui s'y intéressent ça ressemble un peu à un mélange de goudron et de caque d'hippopotame constipé...)
Il entre dans la composition de...l'élixir du suédois!
(les vénitiens sont de supers commerçants apparemment! :P)

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